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ENTRETIEN

Entretien avec l’Agence France Presse (AFP)

Entretien accordé par Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, à Jean-Philippe Lacour

16 septembre 2020

Alors que l’appréciation actuelle de l’euro est considérée comme un facteur de ralentissement de l’inflation, la BCE déclare qu’il ne faut pas faire preuve de complaisance dans la quête de l’objectif de stabilité des prix. Des interventions verbales suffiront-elles pour empêcher la poursuite de ce mouvement?

Nous ne ciblons pas de taux de change. Nous adaptons nos politiques en fonction des perspectives d’inflation à moyen terme.

Lors de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs, une situation d’incertitude exceptionnelle continuait de prévaloir. Comme la présidente Lagarde l’a expliqué pendant la conférence de presse, le Conseil des gouverneurs a estimé qu’il avait besoin de plus d’informations sur l’évolution de la pandémie, la transmission de nos mesures à l’économie réelle et la persistance des fluctuations des taux de change. Nous continuons de surveiller attentivement les informations qui nous parviennent, y compris les évolutions des taux de change et sommes prêts à agir si les données entrantes ne correspondent pas à l’objectif de nos mesures d’urgence, qui consiste à réduire l’écart d’inflation qui a résulté de la pandémie.

Le chômage dans la zone euro augmente rapidement, l’inflation sous-jacente a atteint un creux historique en août, la pandémie s’accélère... Pourtant, la BCE est un peu moins morose sur les perspectives économiques qu’il y a trois mois. Pourquoi?

Nous n’observons pas de reprise économique en « V » qui nous ferait revenir très rapidement sur le chemin d’avant la crise. Mais nous assistons à une reprise prolongée qui va prendre du temps, et il en va de même pour les perspectives d’inflation.

S’agissant de l’inflation, nous ne fondons jamais nos décisions sur les données d’un seul mois, nous suivons les évolutions à moyen terme. Nous constatons que nos mesures apportent un soutien tangible en termes d’inflation sous-jacente, qui a toutefois été contrebalancé par d’autres facteurs.

Les citoyens de la zone euro estiment souvent que les prix grimpent plus que ne le suggèrent les données officielles. Pensez-vous que ce malentendu puisse nuire au soutien du public aux politiques de la BCE?

Ceci est vrai dans de nombreux pays et il faut donc le prendre au sérieux. Cette perception tient principalement au fait que les ménages achètent plus fréquemment des biens dont les prix ont davantage augmenté, par exemple des produits alimentaires, et ne perçoivent pas vraiment que d’autres biens, qui ont beaucoup moins augmenté, pèsent aussi dans le panier de consommation. Il est donc, selon moi, nécessaire de mieux communiquer à ce sujet et de travailler à une meilleure compréhension de ce que le taux d’inflation mesure réellement.

Quand la BCE en aura fini avec son chantier stratégique en cours, allez-vous emboîter le pas de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui va viser désormais un « objectif d’inflation moyenne »?

Au cours de notre évaluation stratégique, qui vient de reprendre, nous allons aussi écouter attentivement les différentes parties prenantes. En ce qui concerne la stratégie de politique monétaire, la zone euro diffère dans plusieurs domaines importants des États-Unis, à commencer par le mandat qui est confié à la BCE. Nous avons également une structure économique différente et notre système financier est davantage basé sur les banques. Nous allons évaluer notre stratégie l’esprit ouvert, mais il se pourrait bien qu'on ne se retrouve pas avec la même stratégie que le Fed.

Les aides d’urgence des gouvernements en réponse à la crise de la Covid-19 vont-elles accroître le risque de « zombification » d’une partie de l’économie?

Nous sommes toujours au cœur de la pandémie et l’économie a encore besoin de beaucoup de soutien des politiques monétaire et budgétaires. Des entreprises viables ont pu survivre. Il serait dangereux d’interrompre prématurément les soutiens budgétaires. Cette erreur a déjà été commise par le passé et je ne pense pas que nous devrions la répéter.

Mais nous sommes tous conscients que cette crise entraînera des changements structurels. Et nous sommes confrontés à des défis séculaires, comme les transitions écologique et numérique, qui nécessitent un soutien budgétaire. Il serait donc erroné d’essayer de préserver la structure économique d’avant la pandémie. Nous devons au contraire veiller que les mesures de crise appuient la transition vers une croissance durable.

La BCE met-elle son indépendance en jeu à force de racheter autant de dette publique sur le marché?

Même après des années d’achats d’actifs, la BCE détient une part relativement faible de la dette publique européenne sur son bilan. Le « flottant obligataire », soit la part des obligations détenues en dehors de l’Eurosystème, s’élève à près de 80% en tenant compte de la structure d’échéances des encours de dette publique.

Que dites-vous à ceux, en France notamment, qui prônent l’annulation ou la pérennisation de la dette publique détenue par la BCE?

La réponse simple est que cela est interdit par le traité, car cela constituerait clairement du financement monétaire. Nous sommes guidés par notre mandat de maintien de la stabilité des prix et ne sommes pas autorisés à financer les gouvernements.

Mais quand la BCE signale qu’elle remplacera les obligations publiques arrivant à échéance par de nouveaux achats, cela ne revient-il pas à les convertir en dette perpétuelle?

Non, car ces réinvestissements sont limités dans le temps ou dépendent d’un retour durable de l’inflation à un niveau compatible avec notre objectif, ce qui implique que nos achats ne sont pas illimités.

Concernant le Brexit, êtes-vous préoccupée par un « no-deal », susceptible de peser sur l’activité économique?

Un Brexit sans accord serait néfaste pour tout le monde, en particulier pour le Royaume-Uni, mais aussi pour la zone euro. J’encourage les négociateurs à tout mettre en œuvre pour éviter un tel résultat. Quoi qu’il en soit, il importe que les institutions financières et les acteurs du marché soient préparés à l’éventualité de l’absence d’accord.

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